Sur la piste des criques secrètes de la Côte Vermeille : de Collioure à Cerbère

16 janvier 2026

Introduction : là où la montagne embrasse la mer


Face au chaos organisé de la côte méditerranéenne, un morceau du littoral résiste, secret, farouche, ondulant de crique en crique. Entre Collioure et Cerbère, la Côte Vermeille déroule 20 kilomètres d’un paysage à la fois rude et délicat, où la pierre plonge dans l’eau turquoise et où chaque anse raconte un bout d’histoire suspendue entre Pyrénées et Méditerranée.

Ici, on oublie les plages Carrefour, la foule d’août et le béton. Les criques, parfois minuscules, souvent cachées, exigent de la curiosité – et quelques efforts pour y accéder. C’est ce terrain de contraste, entre vignes et falaises, que l’on vous emmène explorer, à la recherche de perles rares baignées de lumière catalane.

Pourquoi la Côte Vermeille est un terrain rêvé pour amateurs de criques ?


Ce tronçon du littoral des Pyrénées-Orientales est modelé par la géologie : schiste et quartz s’effritent sous le vent de la tramontane, créant des falaises abruptes, des plages de galets, et chaque été, des reflets rouges (qui ont donné leur nom à la « Côte Vermeille »).

  • Près de 30 criques identifiées entre Collioure et Cerbère, selon le Conservatoire du Littoral ;
  • Zones Natura 2000 pour la biodiversité marine exceptionnelle, et une fréquentation qui, hors saison, reste très raisonnable (source : Parc naturel marin du Golfe du Lion) ;
  • Criques préservées grâce à une urbanisation limitée : depuis les années 80, toute la zone autour de Banyuls et Cerbère est classée, ce qui a permis d’éviter la bétonisation. (voir France Bleu, “La Côte Vermeille, un joyau sous haute surveillance”)

Criques accessibles à pied, en nageant ou en kayak : mode d’emploi


Certaines criques ne s’offrent qu’aux plus téméraires : il faut oser crapahuter, profiter des sentiers du littoral ou bien même pagayer pour rejoindre les anses cachées. Si la plupart ne disposent d’aucune structure, elles offrent en échange une tranquillité (presque) absolue.

À retenir avant de partir :

  • Pensez à de bonnes chaussures pour les accès raides (plus d’un tiers des criques n’ont pas d’accès automobile – Source : Topo guide Sud Rando, 2022).
  • Prévoir toujours de l’eau et un chapeau : il n’existe aucune source d’ombre dans la majorité d’entre elles.
  • Respectez la signalisation : certaines zones sont sensibles, notamment en période de reproduction des oiseaux (plusieurs criques sont fermées temporairement – voir arrêté de la Mairie de Port-Vendres 2023).

Les incontournables : une sélection des plus belles criques entre Collioure et Cerbère


Nom de la crique Accès Particularités
Pointe de l’Ouille À pied depuis Collioure (45 min) Paysage sauvage, spot pour snorkeling
Anse de Paulilles Parking Paulilles + 10 min à pied Context historique avec l’ancienne dynamiterie, eaux turquoise
Plage de Bernardi Sentier du littoral depuis Port-Vendres Crique encaissée, silences et galets noirs
Le Troc Pinell Kayak ou sentier difficile Anse microscopique, couleur émeraude, peu connue
Plage de Peyrefitte Route de Cerbère, parking puis sentier Site naturel protégé, réserves sous-marines

En détail : immersion dans cinq criques à découvrir absolument


Pointe de l’Ouille, la sauvage oubliée

Située à la sortie nord de Collioure, cette pointe n’a ni bar, ni transat, ni surveillance : uniquement un petit escalier de schiste, quelques pins et une pente raide. On y parvient par le sentier du littoral GR10, en longeant vignes et figuiers de Barbarie. L’eau, translucide, accueille régulièrement des dorades et des poissons-lunes : un paradis pour le snorkeling (source : Office de Tourisme de Collioure).

Anecdote locale : la crique était un point fréquenté par les pêcheurs d’oursins jusqu’au milieu des années 2000, avant que la pratique soit régulée pour préserver les fonds.

Anse de Paulilles, la mémoire industrielle reconvertie

Campée entre Port-Vendres et Banyuls, l’anse de Paulilles est la plus vaste du secteur. Classée « Grand Site Occitanie », elle doit son existence à l'ancienne dynamiterie Nobel, dont les vestiges (et un petit musée passionnant) rappellent le passé laborieux du site. Mais c’est surtout pour ses eaux limpides et ses galets polis que le lieu attire : la baignade y est exquise. Les randonneurs apprécient la balade jusqu’à Cap Béar ou la découverte des vignes en terrasses sur les hauteurs.

Bon à savoir : la plage est l’une des rares à être surveillée l’été, mais pensez à venir tôt pour profiter du calme avant les familles.

Plage de Bernardi, l’intimiste par excellence

Niché entre les vignes et la mer, le site est accessible à pied par le sentier du littoral, après un passage sous les murets de pierre sèche. La crique doit son nom à une famille de vignerons qui exploitait le secteur jusque dans les années 1960. Sur place, il n’est pas rare d’apercevoir des pêcheurs au lever du jour ou des plongeurs en quête de langoustes.

  • Fréquentation : confidentielle hors juillet-août
  • Conseil : privilégiez un masque et un tuba pour admirer anémones et gorgones.

Le Troc Pinell, le joyau des kayakistes

Cette crique minuscule ne s’atteint qu’en ramant depuis Banyuls ou Port-Vendres (location possible au club local). Blottie entre les falaises, elle offre une palette de couleurs vert émeraude impressionnante. C’est aussi un point d’observation pour la faune : souvenirs garantis si un banc de mulets ou un mérou viennent vous tourner autour.

Une info d’initié : selon l’association « Cap sur l’environnement », les amphibiens rares de la zone (salamandre tachetée notamment) trouvent refuge dans les micro-habitats créés par les sources d’eau douce.

Plage de Peyrefitte, la réserve vivante

À la porte de Cerbère, cette grande crique de galets fait partie intégrante de la Réserve marine de Cerbère-Banyuls (650 hectares protégés depuis 1974, première réserve sous-marine de France selon l’IFREMER). Ici, le masque et le tuba sont de rigueur – les herbiers de posidonie et les bancs de sars sont au rendez-vous. Les plus chanceux apercevront peut-être un hippocampe, emblème du site.

Attention toutefois : la pêche et l’usage d’ancres sont strictement réglementés pour préserver le milieu.

Secrets et légendes de la Côte Vermeille


Outre la beauté brute, chaque crique recèle sa petite histoire. Saviez-vous, par exemple, qu’au XIXe siècle, l’anse de Paulilles était réputée maléfique en raison de plusieurs explosions lors de la fabrication de dynamite ? Les pêcheurs catalans évitaient le secteur au point qu’un dicton était né : « Qui veut risquer sa vie va pêcher à Paulilles. » (source : Archives Départementales des Pyrénées-Orientales).

Autre fait insolite : la Pointe de l’Ouille aurait servi de refuge à certains résistants et passeurs pendant la Deuxième Guerre mondiale, profitant de la difficulté d’accès pour organiser des passages discrets vers l’Espagne. (voir « Le maquis de la Côte Vermeille », Presses du Midi)

Préserver un territoire fragile : quelques gestes clés


  • Ramener tous ses déchets : la municipalité de Banyuls a constaté une hausse de 14 % des micro-déchets sur ces criques en 2022 (source : Reportage France 3 Occitanie)
  • Respecter la flore : ne pas cueillir les immortelles ou briser les murets de pierre sèche, éléments essentiels du paysage
  • Éviter les produits solaires non adaptés (certains contiennent des filtres toxiques pour les posidonies : privilégier les crèmes label “ocean friendly”)

Comment bien organiser votre exploration ?


  1. Choisir la bonne saison : L’arrière-saison (mai-juin, septembre) offre des lumières fabuleuses et des températures idéales, sans la surfréquentation du plein été.
  2. Préparer l’itinéraire : Le sentier du littoral (sentier des douaniers, balisage blanc et rouge du GR) permet de relier plusieurs criques en une journée, à condition d’avoir une bonne condition physique.
  3. S’équiper simplement mais bien : Eau, chaussures antidérapantes, masque et tuba suffiront. Les kayaks permettent d’accéder à deux fois plus de criques qu’à pied sur ce tronçon selon l’association Terre Mer, qui organise des sorties écoresponsables (source : www.terre-mer.org)
  4. Se renseigner sur la météo : Après un coup de tramontane, les eaux deviennent d’un transparent hallucinant, mais l’accès peut devenir dangereux en cas de houle.

L’appel du large : explorer autrement la Côte Vermeille


Chaque crique de la Côte Vermeille a son profil, sa lumière, son anecdote. S’aventurer sur ce littoral, c’est multiplier les rencontres avec une flore et une faune menacées, découvrir une géologie spectaculaire, et s’offrir une véritable reconnexion aux éléments.

Il existe mille façons de parcourir ce rivage entre Collioure et Cerbère : plongée, randonnée, balade en kayak ou simple contemplation sur les galets chauds. Mais partout, c’est la même leçon : ici, la nature ne livre ses trésors qu’à ceux qui osent prendre leur temps…

Alors, prêt à chausser vos baskets et à sortir du rang pour découvrir la Méditerranée sauvage, loin des plages surpeuplées et des circuits ordinaires ? La Côte Vermeille, elle, n’attend plus que vos pas silencieux au détour d’une crique oubliée.

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